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Pour son discours d’ouverture à la semaine africaine du pétrole tenue le mardi 09 novembre à DUBAI, Thomas CAMARA, Ministre des mines, du pétrole et de l’énergie, a indiqué que la transition énergétique ne doit pas se faire au détriment de notre développement. Par là se dévoile clairement l’objectif du gouvernement qui  est de diversifier ses sources énergétiques sans mettre à mal les progrès du pays.

 

Etat des lieux du secteur de l’énergie

La Côte d’Ivoire persévère dans son ambition d’éclairer toute la région. De 2011 à 2017, le pays a investi 7 000 milliards de F CFA (plus de 10 milliards d’euros) dans le secteur, selon les données du ministère de l’Énergie. Le pays exportait déjà de l’électricité au Ghana, au Burkina Faso, au Mali, au Togo, au Bénin et au Libéria [1](toutefois, le Ghana depuis peu s’est retirée de cette précedente liste[2]). Malgré la croissance du secteur énergétique, l’équilibre entre l’offre et la demande demeure fragile. La demande externe en hausse conduit à une augmentation de la consommation électrique.

  • Quelques chiffres clés au 31 décembre 2020
  • Rendements et Temps Moyen de Coupure (TMC)

 

Source : RAPPORT ANNUEL CIE 2020.indd

 

  • Evolution des ventes en volume[3]

 

 

 

Cette forte augmentation des exportations entre 2015 et 2016 est la conséquence du renforcement des capacités de production du système ivoirien par la mise en service des cycles combinés d’AZITO et de CIPREL et l’accroissement de la fourniture de gaz naturel de FOXTROT et CNR.

 

  • Disponibilité[4] des groupes

La disponibilité des groupes thermiques passe de 88,91% à 89,91%, soit une hausse de 1 point due à la bonne disponibilité des groupes d’AZITO, de CIPREL et des tranches d’AGGREKO.

La disponibilité des groupes hydrauliques est de 81,26% en 2016 contre 88,15% en 2015, soit une baisse de 6,89 points.

Source : Rapport annuel 2016 (cie.ci)

 

De nos jours, la fourniture d’électricité de la Côte d’Ivoire (2.000 MW) est assurée à hauteur de 75% par l’énergie thermique et le reste revenant aux barrages hydroélectriques.[5] Cependant, la production nationale de gaz en Côte d’Ivoire ne permet pas de satisfaire la demande nationale des centrales thermiques. L’Etat en est pleinement conscient d’où son désir de mener une politique tendant à le rendre moins dépendant des énergies thermiques.

 

 

Ambition étatique

« Politiques de transition énergétique dans un environnement en mutation : stimuler la croissance économique nationale et l’investissement ». C’est autour de ce panel, le mardi 09 novembre 2021, à Dubaï, que Thomas Camara, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie, a fait part de la vision de la Côte d’Ivoire en matière de transition énergétique. Il ressort de la prise de parole du ministre, que l’engagement du Gouvernement ivoirien pris lors de la COP21 est de porter à 42%, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique à l’horizon 2030. Déjà en 2022, il s’agira, de mettre en service les premières centrales solaires sur le réseau ivoirien. Et sur le plan de l’efficacité énergétique, il a été défini une politique nationale dans de nombreux secteurs. La Côte d’Ivoire a en outre décidé d’abandonner le charbon, de réduire au minimum vital l’utilisation de HVO[6] dans la production d’électricité, et d’associer une turbine à vapeur à toute paire de turbine à gaz. En effet, le Chef de l’État a pris une décision courageuse au lendemain de la Cop 26 de renoncer à la centrale à charbon qui était prévue à San Pédro[7]. C’est une affirmation forte pour la transition énergétique. « Nous avons aussi un plan en cours pour baisser la consommation en gaz de nos turbines à gaz. Aujourd’hui, nous avons développé à Abidjan, notre capitale, le transport par bus roulant au gaz naturel », a relevé le ministre. Selon lui, le Gouvernement ivoirien travaille donc à développer un mix énergétique équilibré, s’appuyant toujours sur le gaz et le pétrole mais avec une introduction de plus d’énergies provenant de sources renouvelables. Pour Thomas Camara, transformer l’avenir énergétique est l’équation que l’Afrique doit résoudre pour son développement socio-économique, et cela doit se faire à travers un mix énergétique équilibré et soutenable prenant en compte le pétrole, le gaz naturel et les énergies renouvelables, avec un engagement ferme pour la protection de l’environnement. De façon plus globale, il a demandé aux Etats africains de définir eux-mêmes leur trajectoire pour une transition énergétique durable qui puisse résolument soutenir leur développement. Aussi a-t-il appelé à la mise en place des politiques de décarbonisation adaptées à nos réalités, aux enjeux socio-économiques et technologiques, avec l’objectif, d’atteindre un mix énergétique qui tire le meilleur parti des potentialités que la nature nous a offertes et qui prenne pleinement en compte la protection de l’environnement et la préservation des intérêts des générations futures. Thomas Camara a donc appelé « Tout simplement à une transition énergétique juste et équitable pour tous les pays contributeurs à la pollution mondiale ».[8]

 

Potentiel des énergies renouvelables et mix énergétique du secteur de l’électricité

L’utilisation des ressources en énergies renouvelables se fera en fonction des spécificités de la Côte d’Ivoire, entre autres du potentiel en énergies renouvelables, du développement socio-économique ainsi que du développement des infrastructures et de la viabilité du système électrique.

Le tableau ci-dessous présente le détail du mix énergétique de la Côte d’Ivoire issu du Plan Directeur Production-Transport 2015-2030 :

Source : Ministère du Pétrole, de l’Energie et du Développement des Energies Renouvelables (mpeder.ci)

Le potentiel hydroélectrique sera valorisé pour atteindre une capacité installée de plus 900 MW en 202et de plus de 1560 MW en 2030. La quinzaine de sites de petites hydroélectricités (inférieure à 10 MW) sera également valorisée.

     Par ailleurs, la Côte d’Ivoire étant un pays agricole, il est raisonnable de valoriser économiquement les déchets agricoles, agro-industriels et ménagers d’un potentiel estimé à 15 millions de Tonnes, à travers des centrales à biomasse pour atteindre une capacité installée de 500 MW en 2030.

Quant à l’énergie solaire, le potentiel disponible de 5,25 kWh/m²/j, essentiellement dans la région du Nord, permettra d’avoir une capacité installée de 400 MW en 2030.

L’énergie éolienne de moins de 4,8 m/s en Côte d’Ivoire semble eu égard à l’évolution technologique présentée à la COP22, être une piste intéressante. Des projets pilotes peuvent être envisagés à l’horizon 2030 dans l’Ouest montagneux, la plaine de l’Est et le littoral au Sud pour une capacité totale de moins de 100 MW.[9]

 

Cadre réglementaire du secteur de l’électricité

Conformément à la politique énergétique de la Côte d’Ivoire, les énergies renouvelables ainsi que la maîtrise de l’énergie constituent des moyens de développement du secteur de l’énergie. Cette orientation stratégique est prise en compte d’une part dans le code de l’électricité adopté en avril 2014 et d’autre part dans les textes d’application en cours de validation.

 

Ce cadre réglementaire prévoit la production de l’électricité à partir des énergies renouvelables à l’instar des sources d’énergies conventionnelles. La possibilité est aussi donnée de produire et de distribuer de l’énergie électrique, notamment avec les énergies renouvelables par des autoproducteurs ou des producteurs indépendants par mini réseaux ou par kits solaires. Le code de l’électricité et ses textes d’application prévoient la possibilité de rachat de l’énergie, favorable aux énergies renouvelables.[10]

Les ambitions en matière énergétique sont clairement définies, le potentiel des énergies renouvelables et le cadre réglementaire connus de tous, il va sans dire que pour booster ses efforts dans ce domaine, le gouvernement ivoirien en général et ses structures techniques en particulier ont besoin d’avoir des pays modèles en la matière et de meilleurs indicateurs de performance.

 

L’Islande, un modèle de transition énergétique[11]

L’Islande compte seulement 330 000 habitants. Souvent surnommée « terre de feu et de glace », elle possède des atouts géologiques et géographiques indéniables qui lui ont permis d’assurer une transition énergétique rapide et quasi-totale. A cet égard, le pays est devenu un exemple de réussite dont d’autres nations pourraient bien s’inspirer.

Alors que de nombreux pays cherchent à accroître leur part d’énergies renouvelables, l’Islande a réalisé sa transition énergétique de manière spectaculaire. En quelques années, le pays a développé son recours aux énergies géothermiques et hydroélectriques. Jouissant d’une géologie et d’une géographie exceptionnelles, l’île a su tirer profit de son extraordinaire potentiel en s’appuyant massivement sur les énergies vertes issues de l’hydroélectricité et de la géothermie. Les résultats de cette politique sont impressionnants : aujourd’hui, près de 100 % de l’électricité et du chauffage consommés par les Islandais sont issus des énergies renouvelables. Neuf habitations sur dix sont chauffées directement par l’énergie thermique. Le potentiel énergétique de l’Islande dépasse désormais largement les besoins de sa population.

Même si les différents pays du monde sont dotés d’atouts géographiques et naturels bien distincts, l’exemple de l’Islande en matière de transition énergétique est déjà source d’inspiration. Dotée de connaissances solides en matière de géothermie, l’île a pris conscience de son avance dans ce domaine et a souhaité partager son expertise avec la communauté internationale depuis plusieurs années déjà.

Active dans de nombreux projets industriels dans plus de cinquante pays et investie dans des missions de formation en partenariat avec l’ONU, l’Islande capitalise sur son expérience et ouvre la route des énergies vertes à de nombreux acteurs clés pour le changement climatique.

[1] Fiche Secteur CIV Energie (wallonia.ci)

[2] Côte d’Ivoire : désormais le pays importe l’électricité du Ghana – Cotedivoire.News

[3]RAPPORT ANNUEL CIE 2020.indd

[4] Disponibilité (tpmattitude.fr)

[5] Côte d’Ivoire: les énergies renouvelables restent anecdotiques | Connaissances des énergies (connaissancedesenergies.org)

[6] Le HVO ou Hydrotreated Vegetable Oil, de quoi s’agit-il ? | Informazout

[7] Central à charbon de San Pedro/Thomas Camara : Pourquoi le chef de l’État a renoncé au projet | FratMat

[8] Minutes-eco.com

[9] Ministère du Pétrole, de l’Energie et du Développement des Energies Renouvelables (mpeder.ci)

[10] Fiche Secteur CIV Energie (wallonia.ci)

[11] L’Islande, un modèle de transition énergétique ? – Transition écologique (courrierinternational.com)

 

Auteur : Mike Lionel Brou

POUR UNE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE RÉUSSIE– version pdf

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