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Paris, 12 Décembre 2015. 195 pays réunis à l’occasion de la 21ème conférence des parties (COP 21) s’accordent sur le fait que le réchauffement climatique (R.C.) observé depuis l’ère industrielle et reconnu depuis 1992, s’accroît de plus en plus, et qu’il est également impératif de prendre des mesures adéquates pour le contenir. Cette rencontre historique donne naissance à un document que toutes les nations s’engagent à ratifier. Aussi, le 22 avril 2016 au siège de l’ONU à New York, l’Accord de Paris est officiellement ouvert à la signature. SEM Alassane Ouattara président de la République de Côte d’Ivoire également  présent à ce rassemblement, a signé l’Accord de Paris, engageant ainsi son pays dans ce processus commun visant à maîtriser le changement climatique.

Décrit comme un phénomène global de transformation du climat, le R.C. est caractérisé par une augmentation générale des températures moyennes, du fait des activités anthropiques. En effet, les activités humaines libèrent dans l’air une quantité considérable de gaz à effet de serre tels que le CO2, le H2O, le CH4  etc…. Ceux-ci contribuent naturellement à maintenir la chaleur dans l’atmosphère. Ainsi, une augmentation du volume de ces gaz entraîne une hausse des températures. On parle alors de R. C. . Ce changement modifie durablement les équilibres météorologiques et les écosystèmes à l’échelle planétaire.

S’il est évident que la question du réchauffement climatique n’est pas aussi médiatisée sous nos cieux qu’elle ne l’est dans les pays occidentaux, l’Afrique Subsaharienne n’en demeure pas moins affectée. En effet, en 2017 l’on notait une hausse des températures de 0,3 à 1,5 °C en Afrique subsaharienne, par rapport à la moyenne du 20ème siècle, contre 1°C à l’échelle mondiale. La pluviométrie a baissé de 4,0 cm en Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et 7,1 cm dans le reste de l’Afrique subsaharienne, contre 2,8 cm pour l’ensemble de la planète.

 

Le président Alassane Ouattara lors de la signature de l’Accord de Paris, a énoncé quelques chiffres spécifiques à la Côte d’Ivoire : « La pluviométrie en Côte d’Ivoire, a baissé d’environ 13% depuis les années 1980, et durant les dernières décennies une hausse de température de 0,8°C a été enregistrée. » Dans la suite de son discours, il a ajouté quelques conséquences découlant de ce phénomène : « …la baisse des rendements agricoles, la progression de l’érosion côtière, la récurrence des catastrophes naturelles et l’augmentation des flux migratoires ».

Cette liste non exhaustive des conséquences du R.C. sur la Côte d’Ivoire laisse deviner des impacts d’ordre environnemental, économique et social que l’on développera dans la suite de cet article.

Impact environnemental

La conséquence directe de l’augmentation des températures est une modification des saisons, marquée par une baisse de la pluviométrie et des périodes de sécheresses plus fréquentes et plus intenses. Ces deux phénomènes climatiques sont à la base de la recrudescence des crises d’eau à travers le monde entier, et la Côte d’Ivoire n’est pas épargnée. En effet, l’assèchement de la LOKA en 2018, principale retenue d’eau alimentant la ville de Bouaké et ses environs, a engendré plusieurs semaines de manque d’eau, un inconfort pour la population et des investissements d’urgence de la part du gouvernement.

Barrage de la LOKA à Bouaké asséché ; Source : 20Minutes

Tandis que nos cours d’eau intérieurs s’assèchent, les océans eux voient leur niveau augmenter du fait de la fonte des glaces, et leur caractère corrosif accentué par les quantités anormalement élevées de CO2 qu’ils absorbent. Il en résulte une menace supplémentaire pour les pays côtiers : l’érosion des côtes. Les pays du golfe de Guinée tels que le Bénin, le Togo, le Sénégal et la Côte d’ivoire ont vu leurs côtes réduites de 1,8 m en moyenne par an (Croitoru et al., 2019).

Une autre conséquence environnementale du R. C. est le déséquilibre des écosystèmes. La température étant un élément essentiel régulant la vie des êtres vivants, une hausse de 1°C peut être à la base de l’extinction d’une espèce ou de la prolifération d’une autre. Il en découle donc la perte irréversible d’un patrimoine de faune et de flore inestimable, abrité dans des zones tropicales comme la Côte d’Ivoire. Ce déséquilibre peut également avoir des répercussions sanitaires telles que l’augmentation des épidémies, observée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). D’après l’OMS, environ 250000 morts supplémentaires seront causées par le R. C. entre 2030 et 2050.

L’impact économique

Si les conséquences du R. C. sur l’environnement font partie des impacts directs, les effets sur l’économie des pays affectés sont plus subtils mais non moins importants.

En effet, lutter contre le réchauffement climatique nécessite la mobilisation de ressources financières. Ces moyens servent dans un premier temps à mettre en place des solutions palliatives en réponse aux incidents causés par le R. C. . Par exemple, lors de la pénurie d’eau à Bouaké, le gouvernement a dû mobiliser d’urgence plusieurs centaines de millions de francs CFA pour rétablir l’approvisionnement en eau potable. Au-delà des actions d’urgence, une autre partie des moyens financiers est allouée à la réalisation d’investissements dans le but d’anticiper et éviter la survenance de situations écologiques ou sanitaires graves.

Dans l’effort visant à réduire l’émission des gaz à effet de serre, il est attendu de la part des pays en voie de développement comme la Côte d’Ivoire, un saut technologique les amenant à choisir des méthodes plus vertes et moins polluantes, mais souvent plus coûteuses que celles qui ont permis le développement des pays du Nord (Energie renouvelable, ….) . Or, les pays en voie de développement ne sont pas suffisamment résilients financièrement pour faire face à ces nouveaux pôles de dépense. D’autant plus que leurs revenus sont également influencés par les conséquences du R. C..

Prenons le cas de l’agriculture.

Pourcentage de l’Agriculture dans le PIB de la Côte d’Ivoire de 1990 à 2020
Source : Données des comptes nationaux de la Banque mondiale et fichiers de données des comptes nationaux de l’OCDE

 

 En Côte d’Ivoire, la part du secteur agricole dans le PIB est de 21,385 % (2020). En 2018 on estimait à 40% (62% hors pétrole) la part de l’agriculture dans les exportations du pays (données banque mondiale). Or, les rendements de l’agriculture ont chuté au fil des ans à cause des sécheresses et de la baisse des pluviométries mentionnées précédemment. Le corollaire de cette situation est une réduction significative des revenus du pays.

La carte ci-dessous (Notre Dame – Global adaptation Initiative (ND-GAIN)) représente le niveau de préparation des nations face aux conséquences du réchauffement climatique. L’état de préparation mesure la capacité d’un pays à tirer parti des investissements et à les convertir en actions d’adaptation. ND-GAIN mesure la préparation globale en tenant compte de trois composantes : la préparation économique, la préparation à la gouvernance et la préparation sociale.

 

Classification des pays du monde selon leur état de préparation face aux conséquences du réchauffement climatique Source : University of Notre Dame, Notre Dame Global adaptation Initiative

 

 

En termes de préparation économique, la Côte d’Ivoire occupe le 139ème  rang sur 185 pays classés, avec un score de 0,313 contre 0,776 pour Singapore premier de la liste. Les dix premières places sont occupées par des pays développés tandis que les pays en voie de développement ou sous-développés ferment la marche.

En somme, l’effort financier attendu de la part des pays du sud tels que la Côte d’Ivoire en réponse au R. C. et ses conséquences, semble impossible à réaliser sans mettre à mal tout le système supporté par l’économie du pays (système de santé, éducation, etc….).

C’est cette évidence qui a poussé les nations à intégrer dans leurs échanges depuis 2009 lors de la COP15, et également à Paris en 2015, la nécessité voire l’obligation pour les pays riches d’accompagner financièrement ceux en voie de développement (PED) dans leurs efforts visant à maîtriser ce phénomène et en réduire les impacts, d’autant plus que ceux-ci (PED) sont les moindres contributeurs à la hausse des taux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Impact Social

Qu’en est-il de l’impact social, du R. C. et de ses conséquences ? Il transparaît dans l’ensemble de ce qui précède. En effet, les modifications environnementales et leurs répercussions ont une incidence directe sur la qualité de vie des populations. De plus en plus de territoires sont exposés au stress hydrique du fait du R.C. . Les épidémies (Paludisme, Ebola, etc…) qui se multiplient dans un contexte où les systèmes de santé ne sont pas suffisamment solides, viennent affecter l’espérance de vie des populations. Le détournement des revenus des Etats vers la lutte contre le réchauffement climatique et en défaveur de la mise en place d’infrastructures clés (hôpitaux, écoles, etc…), retarde l’accès d’un grand nombre d’africains à des services essentiels.

D’après la Banque Mondiale, en 2018 le secteur agricole employait 46 % des actifs et faisait vivre deux tiers de la population ivoirienne. Ces ivoiriens directement dépendant du secteur agricole voient leurs revenus baisser et sont parfois contraints d’abandonner leur activité ou de réduire leurs charges sociales. Il en résulte une augmentation du chômage, et un exode rural depuis les zones agricoles vers les villes déjà saturées, et même vers l’extérieur de la Côte d’Ivoire (immigration clandestine).

Il faut noter que la Côte d’Ivoire peut également être sujette à une croissance de l’émigration au cours des années à venir. En effet, la surface du Sahara a augmenté de 10% au cours des dernières années et continue de s’accroître, repoussant les populations du Sahel vers le Sud. La Côte d’Ivoire ainsi que les autres pays du golfe de Guinée pourraient donc devenir une terre d’accueil privilégiée pour ces réfugiés climatiques. Cette population s’ajouterait à celle déjà croissante des autochtones, augmentant le stress sur un système social déjà peu adapté.

 

Le présent article ne dresse pas la liste exhaustive des impacts du R. C. sur un pays d’Afrique subsaharienne, en voie de développement comme la Côte d’Ivoire. Néanmoins les éléments cités permettent de conclure sans équivoque que ces pays subissent eux-aussi le contre-coup du R. C. . Les conséquences de ce dérèglement ont une incidence sur leur environnement direct, leur économie et la qualité de vie de leurs populations.  Alors que le gouvernement s’attèle à mettre en place des systèmes de résilience et d’anticipation face à ce phénomène, chaque ivoirien doit avoir conscience de sa part de responsabilité dans la survenance du R. C. et dans l’accentuation de ses conséquences (par exemple la dégradation des ressources en eaux par l’orpaillage dans un contexte de sécheresse, l’abattage intempestif et illégal des arbres entraînant l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère et l’accentuation de la désertification des territoires, etc…). 

Notons que c’est également l’occasion pour les pays émergents, la Côte d’Ivoire inclue, d’inverser la tendance et prendre une place de choix sur la scène internationale. En effet, si les pays du Nord (premiers pollueurs) sont contraints d’intégrer un processus de déconstruction de leurs modes de fonctionnement, les pays en voie de développement ont eux la possibilité de faire des choix plus éclairés, afin de protéger leur environnement immédiat et contribuer à sauver la planète. Reste donc à savoir si la pression d’un accès rapide au développement et le manque de ressources financières ne seront pas des obstacles insurmontables à la réalisation de ce vœu pieux.

 

Sources

Accord de Paris,

Nations Unis 2015

Synthesis Report by the secretary on Nationally determined contributions under the Paris Agreement

Impact du changement climatique sur l’Afrique subsaharienne : vulnérabilités, résilience et financements

Bulletin de la Banque de France ; 230/4 Juillet Août 2020

« COP 21 : Le Président Alassane OUATTARA signe l’ACCORD de PARIS à l’ONU »

Ministère de l’environnement et du développement durable, Avril 2016

« Côte d’Ivoire : Bouaké, deuxième ville ivoirienne, au régime sec depuis trois semaines »

20minutes, Avril 2018

Croitoru (L.), Miranda (J. J.) et Sarraf (M.) (2019) « The cost of coastal zone degradation in West Africa : Benin, Côte d’Ivoire, Senegal and Togo », Groupe de la Banque mondiale, mars

« Climate change – the biggest health threat facing humanity »

World Health Orgaization, Octobre 2021

« Agriculture, valeur ajoutée (%PIB) – Côte d’Ivoire »

Données des comptes nationaux de la Banque mondiale et fichiers de données des comptes nationaux de l’OCDE

University of Notre Dame, Notre Dame Global adaptation Initiative

« Côte d’Ivoire : contexte agricole et relations internationales »

Ministère de l’Agriculture et de l’alimentation – France, Novembre 2019

« Réchauffement climatique : définition, causes et conséquences »

Youmatter.world

 

Auteur : Marie-Joëlle N’tcho Kacou

LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE : QUELS IMPACTS POUR UN PAYS COMME LA CÔTE D’IVOIRE ? – Version pdf

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