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The Denkyem Interview

 

Et si on commençait par les présentations ?

Dramane Meite, ivoirien. Je suis un pur produit de l’école publique ivoirienne, donc un parcours assez classique à l’ivoirienne avec classes préparatoires à l’INPHB et un diplôme d’Ingénieur Statisticien Économiste de l’ENSEA d’Abidjan. J’ai aussi un MBA et un MSc en Environnement et Ressources de Stanford University.

J’ai une dizaine d’années d’expérience professionnelle dans les marchés financiers, la gestion de fonds et la fintech. Je suis passé par Standard Chartered Bank, IFC (Groupe Banque Mondiale) et PIMCO, le géant américain de la gestion d’actifs.

Et depuis 6 mois, je suis chez Hashdex, une startup spécialisée dans les fonds de cryptomonnaies, un poste qui me permet d’explorer mon intérêt croissant pour les marchés financiers, la disruption et la technologie.

 

Vous avez un brillant parcours. Intégrer le MBA de Stanford, même pour un natif Américain n’est pas aisé. A quel moment vous vient l’idée de postuler à ce programme ?

Le MBA était un projet de longue date, car j’ai toujours eu l’ambition de faire des études dans les meilleures universités du monde.

Ce genre de programme est très compétitif, et au-delà des scores aux tests d’aptitude, la carrière et les activités extra scolaires comptent pour beaucoup dans l’admission. J’ai pu bénéficier des conseils de beaucoup de devanciers et devancières, ce qui m’a permis de mieux cerner les règles non écrites du jeu et d’être plus stratégique dans certains choix tôt dans ma carrière.

Enfin, au moment où je postulais pour un programme de MBA, les problématiques d’entrepreneuriat technologique et digital, d’innovation, de finance durable et de soutenabilité m’intéressaient tout particulièrement ; et c’était donc une chance incroyable de pouvoir le faire à Stanford.

 

Pourquoi quitter la Banque Mondiale, et la position que vous aviez, pour un MBA, et ne plus y retourner ?

La Banque Mondiale c’était une superbe expérience, c’est fascinant de travailler sur des régions diverses en termes de niveaux de développement que l’Afrique, l’Amérique Latine et l’Europe de l’Est et le Moyen Orient ; et de structurer des solutions qui ont un impact réel et qui sont parfois très innovantes. Et la qualité et la diversité des ressources humaines de IFC étaient fascinantes pour moi, tout droit venu d’Abidjan.

Mais vous vous rendez vite compte que la Banque Mondiale et IFC ne pourront jamais à elle seules résoudre tous les problèmes structurels de nos pays ; car ces institutions même veulent faciliter l’action du secteur privé et des solutions de marché.

Je crois très fortement qu’il faut être un acteur de sa carrière et non la subir. Ce faisant, même si on a la chance d’être à IFC, on doit toujours se demander si cela correspond toujours à nos aspirations profondes et au plan de carrière qu’on a pour soi.


Aujourd’hui pensez-vous que c’était une bonne idée ?

Absolument, le MBA était une superbe expérience qui a profondément changé ma vision du monde et de ce que je peux accomplir.  

C’était un bon pari pour moi, mais je recommande à chacun de faire une analyse coût/bénéfice en fonction de sa propre situation et de ses aspirations professionnelles.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre métier actuel ?

Je suis Head of Product, New Markets chez Hashdex, un pionner dans la gestion de fonds de cryptomonnaies avec environ 1 milliard de dollars US d’actifs sous gestion. Notre objectif est d’offrir des supports d’investissements règlementés et sécurisés pour permettre à nos clients d’investir dans les cryptomonnaies. Je travaille sur les nouveaux produits et les nouveaux marchés, dans le cadre de nos activités d’expansion en Amérique du Nord et en Europe. Je pense que les cryptoactifs et la blockchain vont changer profondément le système économique actuel, et nous voulons aider le maximum d’investisseurs à capturer ce potentiel.

C’est une très belle expérience entrepreneuriale que d’aider à construire notre franchise dans de nouvelles géographies. C’est aussi très inspirant d’être dans une entreprise en phase d’hyper croissance qui a l’ambition affichée de conquérir le monde.

 

Quelles différences y a-t-il entre l’environnement de travail en Afrique et aux Etats-Unis, vu que vous avez pu expérimenter les deux univers ?

Je vais faire des généralisations, qui ne valent que dans le cadre de ma propre expérience.

A l’avantage des États-Unis, d’abord, il y a la qualité des ressources humaines, ce qui est la résultante de la qualité des écoles, et cela conduit à un environnement du travail plus compétitif et une meilleure éthique du travail. Ensuite, l’échelle de fonctionnement est toute autre : l’économie est beaucoup plus grande et cela se reflète dans la taille et la complexité des enjeux et transactions. Enfin, les gens sont plus confortables à rêver plus grand et ont une forte conviction que le travail est l’ascenseur social par excellence.

Mais en général, dans nos pays Africains, vous aurez un rayon d’action plus grand et plus de possibilités d’avoir un contenu du travail plus intéressant. 

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la Côte d’Ivoire au cours des dernières années ?

La dernière décennie a été bonne dans l’ensemble et a permis de remettre le pays dans le sens de la marche, même si on est en droit d’avoir des questions sur les coûts et la stratégie de financement. Si on se met dans une logique de devenir comme le Maroc ou encore mieux, Singapour, on se rend bien compte qu’il reste beaucoup à faire.

La corruption, les infrastructures sociales, l’égalité des chances ou le rôle de l’État dans l’économie et notre capacité à créer un « rêve ivoirien » et inventer un modèle économique adapté aux XXIe siècle sont autant de chantiers à gagner.

 

Un projet de retour est-il à l’ordre du jour ?

On y pense mais sans fétichisme de dates car le projet doit faire sens. Dans l’intervalle, on peut contribuer au pays tout en étant à l’extérieur, à travers des organisations comme Denkyem Institute et j’essaie de m’investir de plus en plus dans le support à l’écosystème entrepreneurial et fintech.

 

 

Mot de fin.

Merci pour la tribune. C’est un grand honneur d’être membre de Denkyem Institute et de partager mon expérience

 

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