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L’année académique 2013-2014 a marqué le début de nombreuses actions menées par l’Etat de Côte d’Ivoire afin de lutter vigoureusement contre le fléau des grossesses en milieu scolaire. Si, durant certaines années, les résultats montraient un semblant de signe d’espoir, l’année scolaire 2019-2020 est venue noyer cette lueur d’espoir. En effet, dans l’annuaire statistique 2020-2021 de la Direction des Stratégies, de la planification et des statistiques, l’on peut observer un retour à la case de départ avec une hausse de +4% (5 255 contre 5 076 en 2013).

 

Des chiffres qui ne suivent pas l’objectif 0 grossesse

Lors du lancement de la campagne en 2014, l’objectif fixé était d’atteindre zéro cas de grossesse en milieu scolaire. De ce fait, il aurait été intéressant de constater une baisse notable du nombre de grossesses d’année en année post-campagne. Hélas, les chiffres sont moins réjouissants. Sur 7 années scolaires consécutives post-campagne, le nombre moyen de grossesses a été de 4 824, soit une baisse moyenne de – 5%. Avec une telle baisse moyenne, nous pouvons juste constater que nous sommes encore loin de l’objectif.

Sur le graphique ci-dessous, conçu à partir des chiffres publiés par la Direction des Stratégies, de la planification et des statistiques, on observe une presque stagnation du nombre de cas de grossesses durant les années post-campagne. Par-conséquent, l’on vient à se questionner sur l’efficacité des mesures prises jusque-là par l’autorité ivoirienne.

 

 

 

Une grande campagne de sensibilisation et des mesures coercitives

Aujourd’hui encore, parler de sexualité à des adolescents, voire des pré-adolescents ou des enfants est encore tabou dans plusieurs familles. Bon nombre de jeunes de nos jours savent ce qu’ils savent sur la sexualité grâce à la télé, à internet ou à leurs amis (es) qui sont déjà sexuellement actifs. Comme cela se disait, « les parents ont démissionné ». Et c’est en vue d’y remédier et, par voie de conséquence, réussir la lutte contre le fléau des grossesses en milieu scolaire qu’une grande opération de sensibilisation a été engagée sur toute l’étendue du territoire national depuis 2014. A cet effet, des clubs de lutte contre les grossesses et les infections sexuellement transmissibles (IST) ont été mis en place dans toutes les villes et les établissements qui sont concernés par ce fléau. Lesdits clubs ont pour vocation de sensibiliser au maximum les élèves, les parents d’élèves et les enseignants.

La menace pénale a aussi été brandie à plusieurs reprises contre les auteurs de grossesses, particulièrement les enseignants quand on sait que durant les années scolaires 2014-2015 et 2015-2016, respectivement 75% et 70% des cas de grossesses concernaient les jeunes filles âgées au plus de 18 ans.[1]

 

Des auteurs de grossesse impunis

Si les réformes des récentes années du code pénal ivoirien, notamment celle de 2021, prévoient des sanctions pénales contre l’atteinte à la pudeur faite aux mineurs, le constat est que cette loi est peu appliquée sinon pas appliquée. En effet une telle loi devrait décourager toute intention de liaison sexuelle avec une mineure. Donc, si elle était appliquée, le nombre de cas de grossesse ne serait pas à plus de 5 000 en 2020.

Ce qui pourrait expliquer l’impunité des auteurs, est la complicité dont font preuve les parents et les victimes. En effet, en matière pénale, la plainte détermine l’action en justice. Or les victimes et leurs parents portent rarement plainte, préférant régler l’affaire à l’amiable avec les familles des auteurs. Dans une société Africaine attachée à la cohésion sociale, on cède facilement à ce genre d’opération souvent sous la pression de la communauté lorsque l’auteur vient d’une famille proche ou connait une famille proche ou connait une famille qui connait une famille proche de celle de la victime.

 

Plusieurs autres causes au fléau

D’abord, il faut savoir qu’en 2017, 57% des géniteurs étaient des travailleurs informels et 40% étaient des élèves selon la Direction de la mutualité des œuvres sociales en milieu scolaire (DMOSS). Pendant ce temps, l’éducation nationale décriait les enseignants avec le phénomène de NST, pour « Notes Sexuellement Transmissibles ». Une pratique sévèrement réprimée aujourd’hui qui consiste à attribuer une bonne note à son élève après l’avoir connue sexuellement.

Partant de ces chiffres, l’on a pu établir le lien avec la précarité financière. Selon le constat d’un professeur de lycée dans un article du journal Le Monde, dans de nombreuses petites villes ivoiriennes les filles sont livrées à elles-mêmes, loin des parents, sans soutien financier. Ce qui les rend quelque peu vulnérables face aux prédateurs sexuels qui portent atteinte à leurs pudeurs contre de l’argent.

Ensuite, Les vidéos des années récentes, de jeunes filles en tenue d’école à caractère sexuel ayant fait le tour des téléphones en Côte d’Ivoire, en dit long sur l’usage dont font nos jeunes sœurs de l’internet.

Enfin, l’école Ivoirienne ne fait pas rêver. C’est vrai, c’est amer à le dire mais c’est un fait ! Comment peut-on encore faire confiance au système avec la récente descente des Docteurs diplômés dans les rues Abidjanaises pour de l’emploi ? Des Docteurs au chômage ? Vraisemblablement qu’avec ce genre d’événements, de jeunes filles en proie à la facilité pourraient vite jeter l’éponge et vouloir ressembler à des influenceuses presque-dénudées sur les réseaux sociaux. Ainsi, elles n’auront aucun mal à troquer leurs avenirs scolaires contre une vie de gain facile.

 

Des mesures urgentes nécessaires

Face à la persistance de ce fléau de grossesse en milieu scolaire dû à plusieurs causes dont certaines élucidées plus haut, il est nécessaire de tuer le mal par la racine. De ce fait, il faudrait en premier lieu, selon nous, inclure, lors des campagnes de sensibilisation, des séances d’éducation sur les lois protégeant les mineurs de toute forme d’agression sexuelle et inciter les jeunes filles à ne pas rester passives face à ce fléau. Cela permettra de punir les auteurs des grossesses grâce aux plaintes qui seront portées devant les juridictions compétentes et, par voie de conséquence, décourager plus d’un, l’envie de vouloir avoir une relation intime avec une mineure.

Ensuite, la construction des collèges et lycées de proximité plus près des villages pour scolariser les jeunes filles près de chez leurs parents et ainsi maintenir leurs repères. Heureusement qu’en 2020, le gouvernement ivoirien avait procédé à la signature de marchés pour la construction de 60 collèges de proximité dont nombreux ont vu le jour en 2021. Il faut donc multiplier ce type d’initiative afin que les habitants de toutes les zones rurales ivoiriennes puissent garder leurs enfants près d’eux afin d’assurer leur éducation. Entre-temps, l’on pourrait organiser lesdites jeunes filles issues de modestes familles en cellules d’activités générant des ressources, le tricotage de vêtements d’enfants par exemple. L’objectif étant de les sortir de la précarité financière afin qu’elles ne soient plus des victimes des prédateurs sexuels.

Enfin, redorer l’image de l’école. Il est plus qu’impératif que les élèves, tant les filles que les hommes, fassent confiance à l’école ivoirienne. Cela permettra de faire d’une pierre deux coups en évitant à nos jeunes sœurs et frères de faire des choix qu’ils pourront certainement regretter toute leur vie (grossesse indésirée, prostitution, délinquance juvénile, etc.).  Alors, pour créer ladite confiance, il est nécessaire de reformer l’école ivoirienne et inscrire cette reforme dans un plan de développement national prenant en compte la professionnalisation des débouchés scolaires, en garantissant une éducation de qualité et de haut niveau pour l’ensemble de la population Ivoirienne. Dans l’environnement compétitif et dynamique des économies modernes, le capital humain est la pierre angulaire qui bâtit les grands états. En parallèle à cette réforme, cultiver chez les jeunes la culture du mérite et de l’excellence. Pour y arriver, plusieurs options sont possibles :

  • Mettre le plus possible à la lumière les parcours brillants de leurs camarades élèves avec des récompenses à la hauteur de leurs parcours ;
  • Les journées d’excellence organisées régulièrement dans les différents DREN du pays ;
  • Des programmes de mentoring, avec des personnes très inspirantes pour accompagner les élèves lors de leurs cursus académiques. Si possible, que la ou le mentor ait connu des conditions de vie presque similaires à celles de ses mentorés.

 

Sources

[1] Les pourcentages ont été calculés à partir des chiffres publiés par la Direction des Stratégies, de la planification et des statistiques

 

Auteur : Aly Soumahoro

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