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●     Introduction

La préservation de l’environnement est l’une des priorités actuelles des politiques nationales. La volonté est clairement affichée partout ailleurs de promouvoir une agriculture respectueuse de la nature et s’inscrivant dans une démarche globale de développement durable des espaces ruraux. Car, le modèle agricole productiviste né de la modernisation agricole des années soixante, malgré une réussite indéniable, est aujourd’hui remis en cause, notamment du fait de ses impacts environnementaux.

Estimée à 7,87 milliards de personnes environ en 2021, la population mondiale devra atteindre 10 milliards en 2050 (ONU, 2013) . D’ici là, il sera nécessaire de produire 1 milliard de tonnes de céréales et 200 millions de tonnes de produits animaux supplémentaires chaque année. De plus, le secteur agricole est un émetteur majeur de gaz à effet de serre puisqu’il est responsable d’environ 24% des émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES) (GIEC , 2014). Dans le même temps, le changement climatique génère de nouveaux risques et accentue l’imprévisibilité pour les agriculteurs qu’il s’agisse du réchauffement et de l’aridité qui en résulte, de la modification du régime des précipitations ou de la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes.

Au regard de cela, de notre réflexion , plusieurs interrogations se présentent :  Quels sont les impacts de l‘agriculture sur l’environnement ? Existe-t-il une combinaison possible entre agriculture performante et protection de l’environnement ? Quelles dispositions faut-il prendre pour la réussite d’une transition agroécologique ?

1    Relation entre l’agriculture et l’environnement?

Par la culture et l’élevage, l’agriculture est la cause principale de la pollution de l’eau par les nitrates, les phosphates et les pesticides. Ceux-ci constituent aussi les principales sources anthropiques des gaz à effet de serre (le méthane et l’oxyde nitreux) et contribuent massivement à d’autres types de pollution de l’air et de l’eau.

  • Les engrais, le fumier et les pesticides sont des causes majeures de pollution de l’eau

Lorsque l’engrais est appliqué en excès, le surplus d’azote et de phosphates peut provoquer l’eutrophisation des lacs, réservoirs et mares, et une prolifération d’algues qui détruisent les autres plantes et les animaux aquatiques. Les insecticides, les herbicides et les fongicides sont également appliqués en grande quantité dans beaucoup de pays développés et en développement, et entraînent la pollution de l’eau douce par des carcinogènes et autres poisons affectant les êtres humains ainsi que différentes espèces de faune et de flore.

  • L’agriculture : cause de pollution atmosphérique et de changement climatique

L’agriculture est la principale source anthropique d’ammoniaque, cause de pollution atmosphérique. Le bétail produit environ 40 % des émissions de ce gaz dans le monde, les engrais minéraux 16 % et la combustion de la biomasse et les résidus de culture environ 18%.   D’après les projections, d’ici 2030 les émissions d’ammoniaque et de méthane provenant des excréments animaux pourraient dépasser d’au moins 60 % leur niveau actuel dans les pays en développement. Bien que le méthane reste moins longtemps dans l’atmosphère que le gaz carbonique, sa puissance d’échauffement est environ 20 fois plus forte, et il représente donc un important facteur à court terme du réchauffement de la planète. Ses émissions anthropiques annuelles s’estiment à environ 540 millions de tonnes et augmentent d’environ 5% par an. En dépit de cela, de grandes quantités de gaz carbonique sont émis lors de la combustion de la biomasse.

Le changement climatique va probablement altérer les cycles de température, le régime des précipitations et les débits fluviaux dont dépendent les systèmes de production agricole.  Les chiffres mondiaux relatifs au taux d’utilisation et au rythme de dégradation des ressources en terres et en eau cachent une grande disparité régionale en termes de disponibilité des ressources. L’insuffisance des ressources en terres et en eau va probablement limiter la capacité des principaux systèmes de production agricole de répondre à la demande (carte 5).

Pressions humaines sur les ressources en terre et en eau

De plus, la pénurie locale de ressources en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde en terres et en eau peut être aggravée par des pratiques agricoles non durables, des pressions socioéconomiques croissantes ou le changement climatique.

  • Pressions sur la biodiversité

Du fait du développement agricole, plusieurs biotopes ont été détruites suite à la croissance des surfaces cultivées.  La diversité des espèces est étroitement liée à la superficie des habitats non cultivés. Le déboisement, le remembrement réduisent la surface totale disponible pour les espèces sauvages et fragmentent les habitats naturels. Les pesticides et les herbicides détruisent directement de nombreux insectes et végétaux non désirés, et réduisent les disponibilités alimentaires pour les animaux d’espèce supérieure. Certaines espèces affectées peuvent être d’importants agents de recyclage d’éléments nutritifs et de pollinisation, ou des prédateurs de ravageurs. D’autres représentent une source potentielle de matériel génétique pour l’amélioration des espèces végétales et animales domestiquées (ONB, 2019).

 

2     Combinaisons possibles entre agriculture performante et protection de l’environnement 

L’un des principaux défis que doit relever le secteur agricole consiste à nourrir une population mondiale en expansion tout en réduisant son empreinte écologique et en préservant les ressources naturelles pour les générations futures.

  • L’agriculture durable, une alternative pour une combinaison parfaite entre le développement agricole et la préservation de l’environnement

L’agriculture durable vise à développer des systèmes de production qui maintiennent ou enrichissent la biodiversité et la qualité des sols, les considérant comme un patrimoine collectif à préserver et transmettre. En limitant le recours aux engrais et pesticides de synthèse et en employant des méthodes naturelles, cette agriculture respecte l’équilibre des écosystèmes vivants et limite la pollution de l’air, de l’eau et du sol. Elle promeut une production plus économe en énergie et en ressources et vise à soutenir la biodiversité en favorisant une diversité génétique à travers la multiplicité des variétés cultivées. Au-delà des effets positifs directs induits par les pratiques agricoles durables, elle permet d’éviter de nombreux coûts cachés induits, par exemple, par les problématiques de santé publique (répercussions sanitaires et coûts des soins), et de déséquilibres écologiques (pollution des sols, inondations, etc.)[1]

  • L’agriculture biologique, une contribution à la réduction des effets négatifs de l’agriculture sur l’environnement

 L’agriculture biologique est un système de production durable. Elle s’appuie sur des processus écologiques, sur la biodiversité et sur des cycles adaptés aux conditions locales, plutôt que sur l’utilisation d’intrants ayant des effets néfastes. L’agriculture biologique allie la tradition, l’innovation et la science au bénéfice de l’environnement commun[2] . Elle a un impact bénéfique en termes d’abondance et de diversité de presque toutes les espèces selon les études de sol agricole. En moyenne 30 % d’espèces en plus habitent sur les fermes biologiques. L’absence d’herbicide et de pesticide améliore la biodiversité et la densité de la population.

En limitant les insecticides de synthèse, l’agriculture biologique protégerait les abeilles. Cela suppose la non-utilisation de pesticides, mais n’empêche pas l’utilisation de fertilisants d’origine animale. Il est toutefois possible de maîtriser leur quantité et même de choisir de la bonne qualité. Notez que de nos jours, les fermes d’élevage bio commencent aussi à voir le jour. Ces dernières limitent les impacts de leurs activités sur l’environnement, mais elles ne peuvent évidemment pas interdire à leurs vaches de ruminer. Autrement dit, l’agriculture biologique n’est pas une solution complète, mais elle permet quand même de réduire les impacts de l’activité agricole sur l’environnement. Il en va de même pour l’agroforesterie et l’agroécologie, des méthodes agricoles, également plus respectueuses de l’environnement.

  • Le développement des biocarburants, pour la réduction des GES [3]:

Outre le méthane issu des flatulences des ruminants, certaines plantes cultivées produisent aussi des biocarburants. C’est notamment le cas des betteraves, des céréales, du soja, du colza, du tournesol, du palmier à huile. A la combustion, les biocarburants émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre, moins de particules dues aux hydrocarbures imbrûlés et moins de monoxyde de carbone que le pétrole. Développer ce genre de culture permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Certes, la réduction ne sera pas directement issue de l’agriculture, mais une partie de l’agriculture permettra d’instaurer cette réduction.

  • Une utilisation plus efficace de l’eau et du carbone grâce à la biotechnologie[4]

Selon les partisans de la biotechnologie, les cultures Génétiquement Modifiées (GM) présentent de nombreux avantages, outre celui d’augmenter les rendements. Les entreprises biotechnologiques tentent actuellement de modifier des cultures afin de les rendre résistantes à la sécheresse et au sel, ou encore moins dépendantes aux engrais. Cette évolution permettrait de cultiver de nouvelles terres et d’accroître la productivité, mais aussi de réduire la quantité de CO2 présente dans l’atmosphère en augmentant la quantité d’oxygène dans l’environnement. Du maïs résistant à la sécheresse pourrait être mis à la disposition des agriculteurs d’ici quelques années, ce qui les aiderait à maintenir un rendement stable pendant les périodes de basses précipitations en atténuant les effets du manque d’eau. Les cultures GMs résistantes aux herbicides pourraient permettre aux agriculteurs de réduire leur consommation de carburant en limitant la nécessité de labourer les champs avant la plantation, tandis que les cultures résistantes aux insectes nécessiteront moins de pesticides, ce qui se traduira par une réduction des émissions de carbone. De plus, ce système réduit les écoulements et évite de devoir retourner le sol: l’humidité est ainsi capturée, ce qui contribue à assainir le sol et à renforcer sa capacité de rétention d’eau. Ce système permet également d’augmenter le niveau de stockage du carbone dans le sol.

3     Dispositions à prendre pour la réussite d’une transition agroécologique ?

Sensibiliser la société pour aller vers une « alimentation agroécologique » 

  • Communiquer sur les démarches et les pratiques déjà mises en œuvre
  • Apporter au consommateur une information complète, notamment sur l’origine et les modes d’élaboration des produits y Faire explicitement référence au rôle que l’agroécologie peut jouer en faveur de la santé publique dans les Programme nationaux de nutrition santé (PNNS)

3.1     Réorienter les priorités de la recherche sur l’agroécologie

  • Décloisonner la recherche, coordonner davantage les travaux qui se situent aux interfaces de différentes spécialités et faciliter la diffusion de leurs résultats
  • Au-delà des travaux sur les espèces majeures, élargir la recherche au profit des filières émergentes, de la diversification des cultures et de la diversité génétique
  • Appliquer les pistes d’innovations et de transferts technologiques à la transition agroécologique
  • Favoriser l’évolution des pratiques, par l’interaction entre agriculteurs et recherche appliquée
  • Privilégier l’indépendance de la recherche publique face à la concentration croissante des acteurs de l’agrochimie

3.2     Adapter tous les dispositifs de formation à l’agroécologie

  • Finaliser la réforme des référentiels pour donner une plus large place à l’approche systémique
  • Placer les lycées agricoles et leurs exploitations au centre de partenariats noués avec les autres acteurs locaux de l’agriculture et leur fournir les moyens nécessaires
  • Valoriser les expériences réussies, notamment par la formation continue*

3.3     Accompagner les agriculteurs dans la transition agroécologique

  • Renforcer les moyens des structures d’accompagnement collectif, encourager les synergies et leur ouverture à d’autres acteurs
  • Impliquer tous les partenaires des agriculteurs
  • Accompagner les agriculteurs dans la phase de transition face au risque économique (Cécile Claveirole, 2016)

4     Conclusion

Dans un souci de satisfaire la consommation mondiale, les agriculteurs ont dû chercher des moyens efficaces pour augmenter leur production. Parmi les solutions qu’ils ont trouvées, il y a l’utilisation de machines agricoles et l’utilisation de différentes sortes de fertilisants; Et grâce à leurs nouvelles méthodes, les coûts sont mieux maîtrisés, mais parfois au détriment de notre santé et de la biodiversité. Plusieurs points sont en cause à savoir l’utilisation de pesticides, de matières fertilisantes, les émissions de gaz à effet de serre (GES), la contamination des cours d’eau, les irrigations massives. Pour essayer de réduire les impacts de l’agriculture sur l’environnement, de nouvelles méthodes sont développées telles que l’agriculture durable, l’agriculture biologique, les biocarburants, l’agroforesterie, la biotechnologie. Néanmoins pour développer cette transition agroécologique afin que le développement agricole s’allie à la préservation de l’environnement, plusieurs dispositions doivent être prises dont la sensibilisation de la société, la priorisation des recherches sur l’agroécologie, l’adaptation des dispositifs de formation et l’accompagnement des producteurs aux niveaux financier et économique.

●    Sources

[1] www.avise.org

[2] — International Fédération of Organic Agriculture Movements,IFOAM 2008

[3] Biocarburants et développement durable (vedura.fr)

[4] Réduire l’impact environnemental de l’agriculture grâce à la biotechnologie | Plan d’action en faveur de l’éco-innovation (europa.eu)

Cécile Claveirole , la transition agroécologique : défis et enjeux. La section de l’agriculture, de la pêche et de l’alimentation,  2016

ONU, la population mondiale devrait atteindre 9,6 milliards en 2050,2013

GIEC, rapport de synthèse : changements climatiques, 2014

ONB, la nature sous pression, pourquoi la biodiversité disparait, 2019

FAO, rapport de synthèse : Etat des terres et des ressources en eau pour l’agriculture et l’alimentation dans le monde,2011

 

Auteur : Deborah Konan

Développement agricole et préservation de l’environnement : l’impossible combinaison ? – Version PDF 

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